Lettre ouverte aux « colons » de Judée-Samarie – Mise à jour 29/05/11

Ce qui me fait militer pour la paix en Israel/Palestine, quels que soient les choix que feront ceux qui veulent y vivre ensemble (contre vous, donc), c’est que la majorité israélienne dont vous êtes le pire soutien, se pense en situation de force pour toujours et donc qu’ils ont tout le temps devant pour « chasser tous les étrangers de la terre sacrée réservée depuis (et pour) toujours aux juifs par le mec la-haut ». Ce faisant, ils prennent un sacré risque: un mouvement de foule  antiAipac peut flamber à un moment donné aux USA, d’autant que  comme le Crif en France, il est coutumier des rodomontades imbéciles quand à ses succès.

L’opinion publique européenne est de plus en en plus pro-palestinienne, d’ailleurs contre ses faiseurs d’opinions et ses dirigeants. Aux USA, outre le risque évoqué ci-dessus, l’irruption de J Street va avoir un effet de révélateur de l’extrémisme des positions de plus en plus décriées du tout-puissant Aipac. Quand aux autres pays plus ou moins fraichement libérés de la colonisation et des dictatures, ils haïssent Israël qui a fourni sans sourciller des moyens et de l’expertise militaire et de contrôle des foules au pires abrutis et aux plus immondes salauds, Sakaachvili en Géorgie étant le plus proche de nous mais les dictatures sud-américaines et arabes comme le régime de l’apartheid en Afrique du Sud ont eu en leur temps plus que leur part. On vient encore d’en avoir un exemple en Egypte.

Pour corser encore plus le pari, vous voulez ignorer que la situation politico-économique mondiale est aussi instable qu’incertaine (euphémismes) et que les dirigeants occidentaux qui tiennent Israël sous perfusion par le biais d’un accès discret mais complet à la CEE ou comme aux USA où  Israël bénéficie à lui tout seul de 50 % des fonds de soutien alloués à l’ensemble des pays étrangers, peuvent se trouver brutalement obligés de sacrifier quelque chose pour retenir une opinion qui leur échappe. Et que ce soit comme d’habitude les juifs (que vous acculez à vous soutenir) qui servent de boucs émissaires n’aurait rien de complètement surprenant, surtout quand on voit la résurgence de l’anti-sémitisme, en même temps que du racisme en général d’ailleurs, dans les anciens pays du glacis soviétique, parfois membres de la CEE, Pologne et Lituanie en tête.

Maintenant, chers onéreux colons, peut-être êtes vous encore plus cyniques et sans scrupules que je ne le pense. Peut-être prenez-vous le pari du jusqu’au boutisme en sachant que si vous vous trompez, ce sont les juifs de la diaspora qui paieront et n’auront, pour certains, plus d’autre choix que l’aller-simple vers chez vous. L’alya forcée quoi. Ouais, bon, ben je crois que j’aime autant penser que vous êtes simplement inCONscients en plus d’être des fachos ou des fondamentalistes religieux… voire les quatre pour les plus atteints.

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Deux références importantes apportent du blé à moudre à la publication originelle de cet article:
– l’article d’Akiva Eldar, éditorialiste à Haaretz, dit explicitement « Depuis 43 ans, Israël a été gouverné par des gens qui ont refusé de voir la réalité »  traduit par ici par ContreInfo
Uri Avnery de Gush Shalom fait un compte-rendu critique des dernières rodomontades de Netanyahou au Congrès américain, ici pour la traduction française par Contreinfo aussi. Et la version anglaise est là,

« Du peuple, par le peuple, pour le peuple »

Vivons-nous en démocratie ? « La démocratie est le gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple » pour reprendre l’expression d’un des pères fondateurs de la république américaine qui l’avait empruntée à Périclès.

Où voyez-vous « le gouvernement du peuple » quand tant de ses dirigeants s’auto-exonèrent de la loi (Italie, France…) et/ou effacent du code pénal les délits (financiers)  de leurs mandants. Et quand miracle, des puissants sont pris dans les filets entre les fautes de procédure et la prescription, jamais ne sont condamnés. Quand les politiques suivies condamnent sans appel la prochaine génération à vivre plus mal que la précédente: épuisement des ressources, pollution, fonds de pension qui pressurent le travailleur d’aujourd’hui et encore plus celui de demain pour le bénéfice… de qui, au fait ?

Où voyez-vous « par le peuple » quand les médias sont dans les mains des partis ou pire encore des industriels, quand le pouvoir en place s’assied sur les résultats de ses référendums en faisant voter encore et encore jusqu’à ce que le « bon choix » soit fait (Irlande, etc…) ou plus simplement en contournant ce vote (France) ? Où les résultats des élections sont sur-déterminées par l’argent et la classe sociale ? Où les possédant disposent d’un accès direct à « leur » élu ? Où quelques (très grosses) dizaines de jours après les élections, il n’y a toujours pas de gouvernement (Belgique) ?

Où voyez-vous « pour le peuple » quand ce pouvoir aide les banques plus que les gens, quand les inégalités se creusent, quand l’ascenseur social s’arrête ou fonctionne à rebours ? Quand  (voix chevrotante) « les jeunes d’aujourd’hui, mon bon monsieur » n’ont simplement plus d’avenir s’ils ne sont pas blancs, issus de la bonne classe sociale, du bon quartier et de la bonne école… payante, évidemment. Et à condition de vivre dans le bon pays.

Car bien sûr, il est plus confortable de vivre dans un pays proche du cœur de l’empire qui bénéficie des fruits du pillage du tiers-monde et de Gaïa que dans des pays dont les principales exportations sont ses enfants et/ou ses matières premières. A ce sujet, avez-vous remarqué que plus les sous-sols d’un pays africain sont riches plus les habitants sont pauvres et soumis aux guerres et aux dictatures ?

Avoir des richesses à distribuer pour calmer l’absence d’avenir ne fait pas de nos pays des démocraties. Juste des séquelles de l’empire romain où l’on distribuait du pain et des jeux pour calmer le sentiment d’injustice. Ah oui, « modernité » oblige, l’on y cultive aussi les caméras, la xénophobie et le sentiment d’insécurité (pas sociale, bien sûr) pour tenir le tout en place.